" Je continue mes éditos sur l'histoire de la lessive de cendre, j'ai cru comprendre que vous aimiez bien cela ! Ici en plus il va s'agir des Monts du Lyonnais !
Voici donc ci-dessous un article sur la « buille », qui date de 1978 et qui me tient tout particulièrement à cœur. Vous en donner la raison ici serait bien trop long, je fais donc confiance aux plus curieux d'entre vous pour venir me le demander samedi prochain au marché !
Cet article figurait dans le numéro 63 du « Petit Taravouérien », la gazette créée et dirigée par Paul Maridet, instituteur de Haute-Rivoire et projectionniste au cinéma ambulant, très apprécié de ses élèves, et de tout son village. Il est décédé en 2017. Certains d'entre vous l'auraient-ils connu ?
« Coutume d'autrefois à Haute-Rivoire : la « buille », par Paul Maridet.
Autrefois on ne lavait le linge ( le gros) qu'une ou deux fois l'an :
D'abord tout l'hiver on mettait le linge sale ( gros draps de toile, chemise de toile, manti, c'est à dire linge de table) dans l' « arche », une solide caisse en bois, au besoin renforcée de fer quand les rats l'attaquaient.
Puis le printemps arrivait. Alors on dégageait une sorte de cuve appelée « sode », et on l'humidifiait car elle était sèche ( comme un tonneau vide). Cette cuve pouvait faire dans les 500 litres.
On faisait appel à une laveuse, la « buille » allait commencer.
Au fond de la sode on mettait d'abord des tuiles rondes, puis des sarments et enfin la cendre de bois.
On étendait une toile grossière pour séparer le linge de la cendre et on mettait le linge sale en couches régulières.
Pendant ce temps la chaudière ronflait pour faire bouillir de l'eau. Dès qu'elle bouillait on se munissait du « jitou », sorte de seau avec un manche, et on versait l'eau dans le cuveau ( la sode).
Quand le cuveau était plein, on ouvrait la bonde, et l'eau était remise à bouillir. Ainsi de suite pendant des heures.
L'eau de lessive s'appelait « le lissiou », et la serpillère sur les sarments s'appelait « le chari ».
Ensuite venait le rinçage qui se faisait pendant des heures et des heures aussi, dans une mare, un petit étang, ou la rivière.
Les hommes donnaient un coup de main pour installer un grand étendage avec des cordeaux, sur les arbres, les piquets ou les fourches.
C'est ainsi que l'on pratiquait à Haute-Rivoire.
Souvent la buille durait 3 jours. C'était un rude métier que laveuse...
Attention on ne faisait jamais la buille pour le carême ni pendant les rogations : on craignait qu'un mort ne sorte de la maison ! »
Les dernières builles remontent à 1930, remplacées ensuite par les lessiveuses et la lessive hebdomadaire ( qui pouvait se faire aussi avec un sac de cendres dans la lessiveuse, note d'Agnès ) »
Si vous aussi vous avez connu la « buille » ou entendu votre famille en parler, je suis preneuse de votre témoignage !
A samedi :)